Mălĕdicĕre carcinoma. Ce qu’on pense tout bas et qu’on ose pas dire tout haut, ma version.

cancer

Deep-Inside (crédit photo pauline-west.com)

Il parait que le pouvoir de l’auto persuasion est souvent sous-estimé. Est-ce que les peurs que l’on peut ressentir font-elles aussi partie d’une réalité à laquelle l’on souhaiterait échapper à tout prix ? Il parait aussi que le destin est scellé, quoi qu’on dise quoi qu’on fasse. Elles sont bien faciles à prononcer ces phrases toutes faites que nul n’est en mesure de vraiment vérifier. Elles semblent cependant moins évidentes pour celui qui les entend. Oui parce que, que se passerait il si un jour nous découvrions que nos pires angoisses sont devenues réalités. La loi de l’attraction évoqueraient-ils. Il n’y a pas de chance ou de malchance, seulement des actes et des conséquences. Oui, c’est ce qu’ils pensent.

Je pense que je ne pourrais jamais oublier ce week-end. J’étais à ce moment-là si loin géographiquement mais je n’avais en fait, jamais été aussi proche. Ce jour-là j’ai eu envie de dessiner le sourire sur vos lèvres. Le sourire qui endolorit la mâchoire, celui qui fait que nos yeux pétillent. J’ai eu envie de vous rappeler à quel point vous aviez de la chance d’être deux tout en ne faisant qu’un. Après tout, ce n’est pas donné à tout le monde. La vie n’est pas un livre de contes et toutes les Cendrillon ne trouvent pas la chaussure à leur pied. Et si elles daignent la trouver, braveraient-elles vents et marrées pour cette personne ? Rien n’est moins sûr. Ce week-end là je me suis sentie satisfaite comme jamais et je pensais que rien ne pourrait assombrir ce tableau merveilleux.

Mais ce soir-là, tout s’est effondré. Un vent glacial s’est faufilé à travers l’appartement et est venu éteindre toutes les chandelles qui étaient allumées, les unes après les autres. Ce courant d’air a terminé sa course dans ma poitrine et semble y avoir trouvé refuge.  J’ai cru pendant quelques instants à un mauvais rêve mais ce même air glacial est venu me sortir de mes songes en prenant soin d’aspirer autant d’oxygène qu’il le pouvait. Alors j’ai crié parce que je ne savais pas quoi faire d’autre mais les mots qui sortaient de ma bouche ne devaient clairement pas être ceux qui me transperçaient l’âme car tu ne les as pas entendus. Si tu les avais compris tu leur aurais surement accordé l’importance qu’ils méritaient.

Les semaines passaient et je découvrais chaque jour un peu plus ce qu’était véritablement l’obscurité dans sa forme la plus traître. On ne peut pas vraiment la voir, on ne peut pas la toucher, on peut simplement la ressentir. Elle ne montre pas son véritable visage immédiatement. Non elle prend simplement soin de s’annoncer comme si de rien n’était puis elle se fait discrète jusqu’au jour où elle s’est tellement bien installée qu’elle décide de montrer son véritable visage. Alors elle vient creuser de profonds creux autour de ses yeux qu’elle se fait un plaisir de teindre de noir. Elle prend un malin plaisir à s’emparer des étoiles dont ils pouvaient regorger. Elle s’assure que les jours paraissent longs, bien plus longs qu’ils ne l’avaient jamais été en lui confisquant jour après jour chaque petite once d’énergie. Chaque seconde qui passe, elle s’assure qu’on ne l’oublie pas et elle parvient toujours à ses fins. Parce que la délicate et subtile maltraitance intérieure n’est pas suffisante, il lui faut également s’emparer du corps tout entier. Elle vous ôte sans scrupule votre féminité, du moins en surface. Elle vous laisse seule avec cette impression de ne plus être maître de quoi que ce soit.

Elle me laisse avec cette impuissance de ne pas parvenir à intervenir pour l’arrêter.  Cette impuissance de pas pouvoir te laisser me croire si je te dis que tout ira bien parce que tu sauras qu’au fond de moi, je ne suis plus sure de rien. Elle jubile devant le mur géant d’incertitudes qu’elle bâtit jour après jour. Elle jouit de l’angoisse qu’elle fait naître seconde après seconde. Elle triomphe des larmes qu’elle fait couler, toujours plus chaudes les unes que les autres.

Pourquoi toi ? Quelle injustice. Toi qui as dédié ta vie à la servitude la plus totale des tiens. Toi qui a toujours fais passer le bien-être des autres avant le tien. Toi qui ne t’es jamais souciée de ton être parce que tu vivais à travers les autres surement un peu trop égoïstes pour s’en rendre compte. J’aurais préféré être à ta place parce qu’au moins je sais que pour une fois mon entêtement constant, ma tête dure comme tu le dis si bien serait alors mon allié.Où est le bon sens ? Tout cela a-t-il véritablement un sens ? Autant de questions qui ne tarissent jamais et qui demeurent sans réponse.

La douleur. Physique. Morale. Le froid. La faiblesse. La peur. La colère. Le silence, long, bien trop long. Spectatrice, j’assiste à toute cette petite mise en scène que tu as si peu scrupuleusement créée pour nous. Je te regarde d’en bas l’affiner à ton goût de jour en jour les poings et les pieds liés. Alors elle se bat contre toi, et je me débats avec elle. Elle patiente, elle résiste, elle te fait front. Elle se montre convaincante mais toi, tu t’accroches. Elle ne te veut pas en elle et elle puise en nous toute la force qu’elle n’a pas pour t’excommunier.

Tu sembles alors t’être éloignée quelque peu, mais nous ne t’oublions pas. Tu as causé beaucoup de dégâts, les pires qui soient parce qu’on ne peut pas vraiment les observer à l’œil nu, seulement les ressentir. Tu nous as dotés du pouvoir de te voir quand bien même tu n’y es pas. Tu lui as laissé un corps meurtri, affaibli, endoloris. Tu nous as forcés à briser cette confiance que nous pouvions avoir trop facilement accordé à la vie. Tu nous as certes ôté une part d’innocence mais tu as fait de nous des êtres plus endurants à la douleur, des êtres plus durs. Tu nous as définitivement rappelé le sens des priorités et en cela tu as éclairé notre chemin. Tu éveilles en nous le pire et tu n’es qu’une lâche parce que tu nous sais incapable de t’atteindre. Tu es une ordure sans précédent et tu sèmes en nous les pires songes qui puissent exister. Tu te nourris de nos peurs pour exister et grandir. Nous nous servirons d’elles pour bâtir une forteresse qui t’empêchera aussi longtemps que nous le pourrons de nous atteindre et nous te repousserons aussi loin que nous le pourrons.

Tu es  une immondice sans nom. Tu es le Cancer.

4 réponses

  1. Qu’ajouter de plus ? Oui, le cancer lorsqu’il nous touche de près, à travers nous, ou à travers nos proches, comme toutes les graves maladies, nous transforme. On perd comme tu le dis notre innocence et notre confiance en la vie. Depuis que j’ai perdu ma mère et ma sœur aînée en l’espace de qq mois, toutes les 2 emportées par le cancer assez brutalement (car diagnostiquées tardivement) il y a plus de 7 ans à présent, j’ai toujours peur de perdre un proche. J’ai peur en particulier pour mon père et mon mari. Et il faut vivre avec cette angoisse. Mais je pense toujours à la phrase de mon père : « pourquoi se poser des questions et s’angoisser pour des problèmes qui ne sont encore pas là ? Il faut vivre le moment présent. » J’essaie de pratiquer la méditation de pleine conscience (http://christopheandre.com/meditation_CerveauPsycho_2010.pdf) en pensant à ce que je suis en train de vivre et de faire mais ce n’est pas toujours facile.
    Bisous Jessika.

    • Coucou ma belle,

      Merci pour le partage. Je suis sincèrement désolée, il n’y a pas de mots qui pourront te faire sentir mieux. Ton papa a raison mais c’est difficile à appliquer.
      Merci pour le PDF je vais me pencher dessus, je t’avoue ne pas trop connaitre ces techniques de méditation, je n’en ai jamais fais, je reviendrais vers toi.

      Je t’envoie pleins de bisous ! <3

  2. Pour moi aussi c’est nouveau la méditation mais les gens qui s’y mettent disent en retirer tellement de bénéfices que je commence à m’y intéresser. La méditation de pleine conscience consiste à se concentrer sur ce que l’on fait sans se laisser parasiter et déborder par tout ce qui peut nous traverser l’esprit en même temps, toutes ces injonctions (il faut que je m’occupe de telle chose…) ou angoisses (est-ce que je vais réussir à…). Il faut vivre l’instant présent uniquement comme le font les enfants quand ils jouent, ils sont totalement dans le jeu. Et quand on fait quelque chose et qu’on a plein d’autres choses à faire, on peut se dire comme le faisait ma mère, je fais telle chose jusqu’à 12 h (ou pendant 20 mn) et ensuite je m’occuperai de telle autre chose, ce qui permet de se consacrer pleinement à ce qu’on fait. C’est un apprentissage en quelque sorte.

    • Merci beaucoup ma belle ! J’ai imprimé ton petit pdf pour pouvoir le lire tranquillement. C’est vrai que de nos jours on peut difficilement faire une chose à la fois sans penser à ce que l’on doit faire à coté. Je pense que ça devient presque un problème culturel parce qu’on nous demande toujours d’être plus multi-tache, polyvalent et EFFICACE !
      Beaucoup de choses à faire pour une journée qui dure tout au plus 16 à 18h, pas facile !
      Je reviendrai vers toi pour te dire ce que j’en ai pensé :)

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